Sixtine Delacour : L’oreille attentive du pays d’Othe.
Il y a des métiers où la technique n’est rien sans un supplément d’âme. Sixtine Delacour est de cette race d’artisans de la santé pour qui soigner commence d’abord par écouter. Audioprothésiste au sein du centre Sonance Audition d’Aix-Villemaur-Pâlis, elle a choisi d’apporter son expertise au cœur du Pays d’Othe.
Entre ses consultations et sa vie de maman de jeunes enfants, Sixtine court après le temps, mais dès que la porte de son cabinet se referme, le chronomètre s’arrête. Pour elle, chaque patient malentendant est une histoire à réparer. Rencontre avec une femme qui redonne du son à la vie.
Sixtine, on imagine souvent votre métier comme très technique, fait de réglages et de décibels. Pourtant, on dit de vous que votre premier outil, c’est l’empathie. Comment définiriez-vous votre approche ?
Sixtine Delacour : La technique est indispensable, bien sûr, les appareils d’aujourd’hui sont de petits bijoux d’ordinateurs. Mais avant de régler un appareil, il faut régler une souffrance. La perte d’audition isole socialement. Les gens qui viennent me voir ont parfois honte, se sentent diminués ou exclus des repas de famille. Ma première mission, c’est de passer du temps avec eux, de comprendre leur quotidien, leurs peurs. On ne pose pas un appareil sur une oreille, on redonne confiance à une personne.
Justement, franchir la porte d’un audioprothésiste est souvent une démarche difficile. Quels sont les grands tabous que vous devez lever ici, à Aix ?
Le grand frein, c’est la peur de vieillir et le souvenir des gros appareils inesthétiques d’autrefois. Aujourd’hui, je passe beaucoup de temps à montrer à quel point la technologie a changé. Les aides auditives actuelles sont quasiment invisibles, ultra-confortables, et se connectent même aux téléphones. Quand les patients s’en aperçoivent, le soulagement se lit immédiatement sur leur visage.
« On ne pose pas un appareil sur une oreille, on redonne confiance à une personne. »
De Troyes à Romilly, en passant par Arcis, Brienne ou Bar-sur-Aube, votre époux Ludovic Delacour et ses associés ont développé un réseau impressionnant d’une dizaine de centres de proximité. Pourquoi ce maillage complet du département était-il capital à vos yeux, et quel est le rôle de votre antenne ici, à Villemaur-Pâlis / Aix-en-Othe ?
C’est une question de respect pour les habitants et de lutte contre les déserts médicaux. Quand on a des difficultés à se déplacer, ou que l’on avance en âge, faire l’aller-retour à Troyes pour un simple réglage ou un suivi peut devenir un calvaire. Notre philosophie avec Ludovic, c’est d’apporter la même qualité de service, de suivi et de technologie de pointe qu’en grande ville, mais au bout de la rue de nos patients. L’antenne d’Aix-Villemaur-Pâlis est un maillon essentiel : elle permet aux habitants du Pays d’Othe d’avoir un service de santé d’élite juste à côté de chez eux, sans la fatigue de la route.
(Ici, on glisse une photo de ses mains manipulant avec précision une aide auditive miniature sur son établi).
Vous avez des enfants encore petits, des journées bien remplies et un métier qui demande une charge émotionnelle forte. Où puisez-vous cette énergie au quotidien ?
(Sourire) Mes enfants me rappellent le bruit de la vie ! Le quotidien de maman demande de l’organisation, c’est sûr, mais cela m’ancre aussi dans la réalité de mes patients. Voir mes enfants rire et crier me fait réaliser chaque jour la chance que nous avons d’entendre. Ma plus belle récompense au cabinet, c’est lorsqu’un grand-parent revient me voir et me dit : « Grâce à vous, j’ai enfin réentendu le rire de mes petits-enfants au dernier repas dominical ». Là, on sait pourquoi on fait ce métier.

Quel message aimeriez-vous faire passer à quelqu’un qui sent son audition baisser dans le Pays d’Othe, mais qui hésite encore ?
N’attendez pas que le silence s’installe. Plus on attend, plus le cerveau « oublie » les sons et plus la réadaptation est longue. Venez simplement pousser la porte pour un bilan, pour discuter, sans engagement. On prendra un café, on fera le point ensemble, tout doucement. La vie est trop belle pour être vécue en sourdine
Abattez vos idées reçues et les mauvaises expériences des uns et des autres. On a tendance à vouloir comparer les aides auditives comme on compare une paire de chaussures, or c’est le pied qu’il faut comparer.
Personne n’a la même audition, le même passé professionnel, même la génétique joue un rôle essentiel. Entre le temps où les proches suggèrent de consulter et le jour où les patients se décident il se passe en moyenne 7 ans. Que de temps perdu !

