Bonneterie dans l’Aube : ce qu’il en reste..

En 1787, 45 mécaniques à fouler le coton faisaient travailler 150 personnes à Aix-en-Othe. Ce n’était pas encore une usine au sens moderne du terme — c’était un tissu économique qui traversait les villages du Pays d’Othe, entrait dans les fermes, complétait les revenus des paysans. La bonneterie n’était pas une industrie parmi d’autres dans l’Aube. Elle était l’industrie.

Ce passé a laissé des traces concrètes dans les rues d’Aix-en-Othe — à condition de savoir les lire. L’inventaire du patrimoine recense neuf sites industriels liés à la bonneterie dans cette seule commune. Neuf. Pour un bourg de quelques milliers d’habitants. L’une de ces usines, spécialisée dans la production de chaussettes, fabriquait encore 7 millions de paires en 1977. Aujourd’hui, le bâtiment est devenu autre chose. Certains anciens sites de bonneterie ont été reconvertis en gendarmerie, en logements, en garages. D’autres ont simplement disparu.

Ce n’est pas un phénomène propre à Aix-en-Othe. Sur l’ensemble du département, 42 usines de bonneterie ont été détruites, soit près d’une sur cinq. Les autres vivent une deuxième vie qui n’a plus grand-chose à voir avec le textile. La mémoire, elle, tient à peu de choses — quelques associations locales, des archives départementales, et des initiatives comme les Dîners du Patrimoine à Aix-en-Othe, portées par l’association ARPA, qui réunit des documents historiques sur la bonneterie avec l’objectif de faire le lien avec la filière textile actuelle.

Ce lien avec le présent, il existe encore — à Troyes. Lafitte Textile fabrique depuis 1968, dans ses ateliers troyens, du textile de sport — maillots de cyclisme, tenues de natation, justaucorps de gymnastique. À la main, sur commande, avec un configurateur pour les clubs et associations. Trois générations s’y côtoient aujourd’hui : Michel Böhning, fondateur, Sophie Berthelin sa fille, et Arthur Berthelin, le petit-fils, venu moderniser la présence en ligne sans toucher à l’essentiel — la fabrication reste à Troyes.

Ce n’est pas une posture nostalgique. C’est un choix économique qui résiste, dans un secteur où la délocalisation est depuis longtemps la norme. Le fait que ça tienne encore mérite qu’on le dise.

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