À Troyes, la nouvelle saison culturelle commence avant même le premier spectacle.
Photo : Jocelyne / Archi-Wiki.
Une saison culturelle, ce sont des spectacles, des artistes et des dates à cocher dans un agenda. Mais avant tout cela, il faut choisir. Pour sa saison 2026-2027, la Maison du Boulanger ne se contente pas d’aligner les rendez-vous : elle ouvre aussi une fenêtre sur ce qui se passe derrière les affiches. Avec Théo Dusoulié comme parrain, un projet mené avec les élèves du Conservatoire et de nouveaux formats annoncés pour cette saison, l’expérience commence effectivement avant le premier lever de rideau.
Une nouvelle saison culturelle, c’est souvent le même rituel : une affiche, une conférence de presse, une longue liste de noms et cette question que l’on se pose en parcourant le programme : « Bon… et moi, je vais voir quoi ? »
La Maison du Boulanger vient de présenter sa saison 2026-2027. Théâtre, musique, humour, lyrique : la programmation entend jouer la carte de la diversité. Mais nous n’allons pas vous recopier ici le programme complet. Il est déjà disponible en ligne.
Ce qui nous intéresse davantage, c’est ce qui se passe avant que le public ne s’installe dans son fauteuil.
Avant le spectacle, il faut déjà savoir quoi programmer
Un spectacle n’arrive jamais tout seul sur une scène.
Il faut regarder les propositions, choisir les artistes, construire une saison, penser aux publics, organiser les équipes. Une mécanique assez considérable pour que le spectateur puisse, lui, arriver tranquillement quelques minutes avant le début et se demander si le bar est encore ouvert.
Cette année, la Maison du Boulanger a choisi de montrer un peu de cette mécanique avec « La Relève du Théâtre ».
Le projet, mené avec le Conservatoire de Troyes, a associé les élèves de la section théâtre à une démarche artistique et pédagogique autour de la construction d’une programmation. Ils ont réalisé un court film dans lequel ils incarnent les différents acteurs de cette fabrication : programmateurs, artistes, techniciens, chargés de production…
Une manière concrète de découvrir que derrière les deux heures passées dans une salle, il y a tout un monde qui travaille en amont.
Pour une fois, les coulisses ne sont pas seulement l’endroit où l’on range les décors. Elles deviennent le sujet.
Théo Dusoulié : plus qu’un nom sur l’affiche ?
Le comédien d’origine auboise Théo Dusoulié est le parrain de cette nouvelle saison.
Selon Canal 32, il a participé à la sélection des artistes et des spectacles et a également travaillé avec les élèves du Conservatoire Marcel-Landowski.
Ce rôle mérite qu’on s’y arrête.
Un parrain de saison peut être une personnalité que l’on place sur une photo de lancement et que l’on retrouve ensuite sur une affiche. Mais il peut aussi apporter un regard, une expérience, une façon différente de regarder les propositions artistiques.
Ici, son implication dans la sélection est annoncée comme réelle. Reste maintenant à voir ce qu’elle produira concrètement.
C’est une question que nous garderons en tête au fil de la saison : les choix d’un artiste associé à la programmation se reconnaissent-ils vraiment dans ce que le public découvrira sur scène ?
La nouveauté n’est pas forcément là où on l’attend
La Maison du Boulanger présente cette saison sous le signe de l’ouverture de ses scènes, de ses regards et de ses émotions, avec « l’expérience » comme fil conducteur. Elle annonce également de nouveaux formats pensés pour différents publics, notamment les Mercredi’ZZZ pour la jeunesse et les Nuits en + à la Chapelle Argence.
C’est ici que nous trouvons les nouveautés qui nous intéressent vraiment.
Pas simplement un spectacle supplémentaire dans un programme déjà bien rempli, mais une autre manière de proposer la culture.
Les Mercredi’ZZZ posent une question simple : comment faire une place aux plus jeunes dans une programmation culturelle sans leur donner l’impression qu’on les a envoyés faire leurs devoirs ?
Les Nuits en +, de leur côté, prolongent l’expérience musicale à la Chapelle Argence, avec une programmation qui doit faire découvrir des artistes de la scène actuelle. La formule s’inscrit dans une coproduction avec la Maison du Boulanger et propose notamment des rendez-vous pop, chanson, rap ou rock. Les Fatals Picards sont par exemple annoncés le 21 mai 2027, pour un tarif de 35 € en plein tarif.
Ce sont ces changements de format que nous regarderons avec le plus d’attention.
Parce qu’un nouveau spectacle finira forcément par ne plus être nouveau.
Un nouveau rendez-vous, lui, peut finir par devenir une habitude.
Plusieurs scènes, une même programmation
Une précision s’impose également, car les appellations peuvent prêter à confusion.
La Maison du Boulanger est le centre culturel qui porte la programmation et la billetterie centralisée. Les spectacles sont ensuite accueillis dans plusieurs lieux : le Théâtre de Champagne, le Théâtre de la Madeleine et la Chapelle Argence.
Cela explique pourquoi une saison peut apparaître tantôt sous le nom de Maison du Boulanger, tantôt autour d’un théâtre ou d’une salle particulière.
Pour le public, finalement, l’essentiel est plus simple : il faut regarder le programme, puis regarder où l’on va.
Et cela peut changer l’expérience.
Une grande salle, une salle plus intime, une chapelle transformée en lieu de concert : on ne vient pas seulement voir un spectacle. On vient aussi dans un endroit qui a sa propre atmosphère.
Notre regard
Nous aurions pu vous faire ici la liste des spectacles à réserver.
La Maison du Boulanger le fait déjà très bien.
Ce que nous retenons de cette nouvelle saison, c’est plutôt une volonté de faire bouger quelques habitudes.
Montrer comment une saison se construit avec La Relève du Théâtre.
Associer un artiste, Théo Dusoulié, aux choix de programmation.
Créer de nouveaux rendez-vous avec les Mercredi’ZZZ et les Nuits en +.
Et surtout, essayer de ne pas considérer le public comme un bloc uniforme qu’il suffirait de remplir de spectacles.
La vraie question, maintenant, est beaucoup plus terre à terre :
Est-ce que les gens viendront ?
Parce qu’une programmation peut être ambitieuse, généreuse et pleine de bonnes intentions. À la fin, il faut quand même des spectateurs dans les fauteuils.
C’est là que nous jugerons cette nouvelle saison.
Pas sur la brochure.
Dans les salles.
Et c’est probablement à ce moment-là que la saison commencera vraiment.
