Il était là avant nous. Il sera là après.

Il y a des chênes dans l’Aube qui ont vu passer Napoléon. Pas en image — en vrai. Debout au bord d’un chemin, à regarder les hommes aller quelque part en pressant le pas.

Celui-ci est à Jully-sur-Sarce. Je ne sais pas exactement son âge. Personne ne le sait vraiment — c’est l’un des mystères que les arbres gardent pour eux. Ce qu’on voit, c’est qu’il a survécu au remembrement des années soixante, cette grande opération chirurgicale qui a redécoupé les campagnes françaises à la règle et au tracteur, et qui a emporté avec elle des milliers d’arbres, de haies, de chemins creux. Lui est encore là. Entre la grange et le labour. Comme s’il avait négocié quelque chose.

Joël Gilbert, lui, est président de l’association Arbres Remarquables de l’Aube. [Compléter après rencontre — la bascule, le moment où il a commencé à regarder les arbres autrement.]

Ce qui frappe quand on l’écoute — même en criant dans le brouhaha d’une manifestation — c’est qu’il ne parle pas des arbres comme un militant parle d’une cause. Il en parle comme quelqu’un qui a découvert quelque chose que tout le monde aurait dû voir depuis longtemps et qui s’étonne encore que ce ne soit pas le cas.

L’association recense, inventorie, cartographie. Quatre verbes guident leur travail : identifier, valoriser, sensibiliser, protéger. C’est propre, c’est carré. Mais sur le terrain, ça ressemble surtout à des gens qui s’arrêtent là où les autres continuent de rouler.

[Compléter — un arbre sauvé, une histoire concrète, un propriétaire convaincu ou pas.]

Un arbre remarquable n’est pas automatiquement protégé, en France. Il peut être abattu du jour au lendemain, pour une route, pour un projet, pour rien de vraiment urgent. L’association le sait. Elle travaille avec les communes, les propriétaires, les services de l’État — la diplomatie du temps long, face à des décisions qui se prennent vite.

Ce chêne de Jully-sur-Sarce, lui, a l’air de ne pas s’inquiéter. Trois cents ans de patience, ça donne une certaine confiance dans la durée.

Peut-être qu’il sait quelque chose qu’on ne sait pas encore.


→ Pour aller plus loin : [lien vers l’article quefairedanslaube.fr sur l’association]

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