La Table de François : à Troyes, une vieille adresse est-elle en train de changer de visage ?
Il y a des restaurants que l’on croit connaître parce qu’ils sont là depuis longtemps.
La Table de François appartient à cette catégorie. Pendant près de trente ans, l’adresse de la rue Juvénal-des-Ursins a porté le nom de François Bourdier et une cuisine attachée à la tradition. Une maison installée dans le paysage troyen, suffisamment connue pour avoir été suivie par les guides gastronomiques, mais qui n’était pas nécessairement devenue une adresse dont on parlait à nouveau avec insistance.
Or quelque chose semble avoir changé.
Depuis la fin de 2025, la maison a changé de mains et surtout de partition. Dwayne Dodo et Caroline Ofiara y travaillent désormais à quatre mains. Le restaurant se présente lui-même comme une « table réinventée », revendiquant à la fois l’héritage de François et une nouvelle écriture culinaire.
Et si l’on regarde les réactions des clients récentes, cette nouvelle étape n’est pas seulement un changement de vocabulaire.
Une adresse connue, mais une impression nouvelle
Les avis laissés depuis la réouverture sont assez instructifs.
En mars 2026, un client explique qu’il s’agit de sa première visite depuis le changement de propriétaire et estime être clairement face à un restaurant gastronomique. Un autre, le même mois, salue une cuisine « innovante » et moderne et juge le menu à 45 euros particulièrement intéressant. En novembre 2025 déjà, un client parlait d’une « réouverture », d’une « nouvelle équipe » et d’une « nouvelle cuisine », tout en ajoutant que quelques réglages restaient à faire.
Ce détail est probablement plus intéressant que les habituels « cuisine excellente » que l’on retrouve dans les avis de restaurants.
Car il indique qu’il ne s’agit pas simplement d’une adresse qui aurait soudainement bénéficié d’une meilleure communication.
Les clients parlent d’un changement.
Et ce changement semble suffisamment visible pour qu’une partie d’entre eux compare directement l’avant et l’après.
Ce que racontent les assiettes
La carte actuelle donne une idée assez nette de la direction prise.
Le menu à 45 euros propose par exemple un œuf parfait sur toast brioché avec lait de comté et truffe d’été, des gambas avec jus de crustacés réduit, salicorne, cébette et gel passion, ou encore un filet de bar en raviole ouverte accompagné de moules, de poireaux brûlés et d’une sauce marinière crémeuse.
On trouve également un filet de bœuf façon Rossini avec foie gras poêlé, ainsi que des desserts travaillés autour du chocolat, de la passion, des fruits ou du champagne.
Ce n’est plus exactement la grammaire d’une cuisine traditionnelle telle qu’elle apparaissait dans les guides quelques mois auparavant.
Gault&Millau décrivait encore en 2025 la cuisine de François Bourdier autour de produits et de classiques comme l’andouillette de Troyes à la sauce chaource, les ris de veau aux morilles ou le filet de Charolais.
La comparaison ne signifie pas que l’ancienne table était dépassée, ni que la nouvelle serait nécessairement meilleure.
Elle montre quelque chose de plus intéressant : la maison a changé de langage culinaire.
Une nouvelle équipe, mais pas une table qui efface son passé
C’est probablement là que réside l’intérêt de cette transformation.
La communication du restaurant insiste sur la transmission. Dwayne Dodo et Caroline Ofiara ne présentent pas leur arrivée comme une rupture totale, mais comme une manière de prolonger l’histoire de la maison en la faisant évoluer.
C’est assez logique pour une adresse qui a plus de trente ans.
Reprendre une table connue pose toujours la même question : faut-il conserver ce qui a fait sa réputation ou prendre le risque de tout changer ?
À La Table de François, le choix semble être celui d’un entre-deux : conserver le nom, l’adresse et une partie de l’identité, mais modifier suffisamment la cuisine et l’expérience pour donner une raison de revenir.
Les clients semblent suivre
Les chiffres disponibles aujourd’hui vont dans ce sens.
La fiche Google affiche une note de 4,5/5 pour près de 500 avis. TheFork affiche 8,9/10 sur 66 avis, avec des notes particulièrement élevées pour les plats.
Mais le plus intéressant n’est pas la note elle-même.
C’est la tonalité des commentaires récents.
On parle beaucoup de présentation, de saveurs, de service, de cuisine « étonnante », de rapport qualité-prix. Certains clients reviennent plusieurs fois. D’autres racontent être venus sur le conseil d’un proche et vouloir revenir. Un commentaire récent souligne même le travail du service dans une salle qui semble connaître une forte activité.
Pour autant, tout n’est pas unanimement parfait.
Un avis d’avril 2026 juge par exemple une entrée et un dessert décevants. D’autres commentaires récents évoquent encore des points perfectibles.
Et c’est plutôt rassurant.
Une réputation construite uniquement sur une succession de compliments mériterait davantage de prudence. Ici, les avis montrent surtout une adresse en mouvement, avec une nouvelle équipe qui semble avoir trouvé son public mais qui n’a peut-être pas encore totalement figé son identité.
Une carte à 45 euros, mais pas seulement
Le prix mérite également d’être regardé.
Le menu est actuellement affiché à 45 euros. À la carte, les plats vont notamment de 25 à 34 euros pour plusieurs propositions, avec des entrées autour de 13 à 16 euros et des desserts à 13 euros.
Cela place La Table de François dans une zone où le client attend désormais davantage qu’un simple bon repas.
Il attend une expérience cohérente : assiette, cuisson, présentation, service, ambiance et rapport entre l’ensemble et l’addition.
Les avis récents semblent justement juger la maison sur ces différents éléments. TheFork attribue ainsi 9,1/10 aux plats, 8,8 au service et 8,8 à l’ambiance.
Alors, que se passe-t-il vraiment rue Juvénal-des-Ursins ?
Il est encore trop tôt pour transformer cette nouvelle popularité en phénomène durable.
Mais les indices convergent.
Une adresse ancienne a changé d’équipe. Sa cuisine a évolué. Son positionnement semble monter d’un cran. Les clients remarquent la différence et, surtout, recommencent à parler de la maison.
La Table de François n’est donc peut-être pas simplement en train de « fonctionner ».
Elle est peut-être en train de retrouver une actualité.
C’est une nuance importante.
Car dans la restauration, conserver une clientèle est une chose. Réussir à donner envie à une nouvelle génération de pousser la porte d’une adresse ancienne en est une autre.
À Troyes, La Table de François semble avoir choisi cette seconde voie.
Reste maintenant à savoir jusqu’où ira cette « table réinventée » — et si la promesse affichée par la nouvelle équipe trouvera, avec le temps, sa place dans le paysage gastronomique troyen.
Pour l’instant, une chose est certaine : il se passe de nouveau quelque chose autour de cette vieille adresse.
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